La femme à l’aigrette

« De 1709 à 1712, on ne sait pas grand-chose sur Watteau. Watteau a vingt-sept ans, il est connu – presque célèbre –, mais toujours bizarre, inconstant, sauvage. [...] Durant cette période, il réalise des esquisses sur le vif. Cette femme est la plupart du temps vue de dos :


Elle a inspiré de nombreux tableaux de Watteau. Jusqu’à aujourd’hui, personne n’a découvert qui était cette femme. Peut-être était-ce une comédienne, peut-être une servante. On l’ignore. Watteau a pu esquisser des dessins de cette femme depuis [un] balcon de la Comédie-Française pour la replacer ensuite ailleurs, dans des jardins ou des forêts.

— Et Caylus ?

— Pardon ?

— Et qu’est-ce que vous faites de Caylus ?

— Caylus ?

— Selon Caylus, Watteau a plusieurs ateliers dans Paris – personne n’en connaît l’adresse – et c’est là qu’il va pour poser le modèle.

[...] Dans certaines toiles, comme celle-ci, le point de fuite est centré sur la femme : tout va vers elle, se structure autour d’elle.

Cette femme, c’est peut-être elle.

Il s’agit du Songe d’Antiope. C’est un tableau inhabituel pour Watteau : il est ouvertement érotique. Watteau a demandé avant sa mort que le Songe soit brûlé. Qu’est-ce qui dérangeait Watteau dans cette toile au point de vouloir la faire disparaître ?

— Si je vous comprends bien, vous êtes en train de nous dire que Watteau était un voyeur, une sorte d’Hannibal Lecter de la peinture galante. Et qu’est-ce qui m’empêche de photographier une passante et de reproduire son image ? Watteau a pu esquisser une passante dans la rue et la reproduire autant de fois qu’il a voulu. Le seul moyen de confirmer cette hypothèse serait de posséder les carnets de croquis de Watteau, qui sont perdus à 90%. Avez-vous des éléments plus précis ? Non… ¹ »

1. Dialogue extrait du film Ce que mes yeux ont vu (2006), réalisé par Laurent de Bartillat et librement inspiré de la vie et de l’œuvre d’Antoine Watteau.

Liste des tableaux présentés :

  • L’Enseigne de Gersaint (détail), 1720, Staatliche Museen, Berlin ;
  • Les Deux Cousines (détail), vers 1716, musée du Louvre ;
  • Les Plaisirs du bal (détail), vers 1715-1717, Dulwich Picture Gallery, Londres ;
  • Les Bergers (détail), 1717-1719, Schloss Charlottenburg, Berlin ;
  • Le faux-pas (détail), vers 1716-1718, musée du Louvre ;
  • La Fête d’amour (détail), vers 1717, Gemäldegalerie, Dresde ;
  • Les Plaisirs du bal, vers 1715-1717, Dulwich Picture Gallery, Londres ;
  • Jupiter et Antiope (détail), vers 1715-1716, musée du Louvre.


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