La mystérieuse affaire du kouros du Getty
27 avril 2007 par Emily Pearl
A l’instar des plus grands enquêteurs de fiction, les historiens de l’art sont parfois confrontés à des situations pour le moins étranges, voire énigmatiques. Parmi les grandes affaires qui suscitèrent la polémique au XXème siècle, celle du kouros du Getty n’aurait sans aucun doute point de motifs de honte à l’ombre des enquêtes menées par un Hercule Poirot ou un Sherlock Holmes…
Seulement voilà, vous vous dites qu’il y a un léger hic. C’est vrai, en temps normal, le titre donné à une enquête de fiction est censé éveiller l’intrépide détective prêt à bondir au moindre mouvement de l’ennemi et galvanisé par le danger qui sommeille en chacun de nous. Et là, “La mystérieuse affaire du kouros du Getty”, ça ne vous fait pas du tout rêver. Pis, l’intrépide détective qui sommeille en vous aurait même un chouia les mains moites et la sueur au front rien que d’y penser. Et si je me chargeais de lui donner un peu de grain à moudre ?
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un kouros est une représentation stéréotypée de la jeunesse, de la nudité masculine et de la virilité dans la Grèce antique.
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le Getty est le surnom du musée J. Paul Getty implanté à Malibu (Californie), du nom d’un riche industriel et collectionneur d’oeuvres d’art américain. Grâce à l’exploitation de gisements de pétrole, il acquit une immense fortune qui lui permit de constituer une importante collection d’antiquités grecques et romaines, ainsi que d’objets d’art et de peintures. La fondation Getty perpétue à l’heure actuelle la volonté de son inspirateur grâce à l’enrichissement des collections du musée du même nom et à la pratique d’un mécénat actif dans le domaine de la recherche en histoire de l’art.
Le kouros du Getty est une statue monumentale en marbre mesurant 2m de haut, datée des environs de 540/520 avant JC et achetée par le musée californien au printemps 1983 à un marchand suisse pour une somme tout à fait exorbitante comprise entre 7 et 12 millions de dollars (!) selon les sources. L’oeuvre, présumée authentique, était accompagnée au moment de son achat d’une lettre signée de la main d’un universitaire allemand, Ernst Langlot, attestant son appartenance à un fond d’oeuvres suisse. Or, le code postal présent sur la lettre n’était semble-t-il en usage que depuis les années 1970… Pour une oeuvre datant du 6ème siècle avant JC et, à moins que des ailes bioniques lui aient soudainement poussées dans le dos afin qu’elle puisse se translater de la Grèce à la Suisse, le décalage temporel semble suspect au premier abord… En outre, avant même que la vente soit finalisée, quelques experts attachés au Getty avaient déjà émis de sérieux doutes quant à l’authenticité de l’oeuvre.
Après un an de restauration, le kouros fut enfin exposé dans les collections du musée, ce dernier affirmant avec vigueur l’authenticité de son chef-d’oeuvre et allant ainsi à contre-sens de l’ensemble des avis émis par les plus grands historiens de l’art de l’époque, y compris l’illustre Frederico Zeri qui quitta le conseil d’administration du Getty en 1983 pour s’être opposé à l’achat du kouros.
Afin de faire cesser la rumeur grandissante voulant faire du kouros un magnifique faux, le Getty organisa en 1992 à Athènes un colloque centré autour de la question de l’authenticité de la statue. En effet, il était urgent de trancher sur la question en raison de plusieurs facteurs permettant d’émettre un doute quant à l’authenticité du kouros :
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un état de conservation a priori exceptionnel
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le mélange de plusieurs influences stylistiques de la Grèce antique d’époques et de régions différentes.
A l’issue de ce colloque, la question de l’authenticité de l’oeuvre n’ayant pu être résolue, des tests scientifiques furent lancés dans l’espoir d’élucider le mystère. L’étude le surface de la statue permit de confirmer qu’elle fut bien exposée aux intempéries ou que l’altération relative de la partie superficielle du marbre était d’origine biologique : sa patine brun rouge si caractéristique ne serait a priori pas reproductible artificiellement en l’état actuel des connaissances scientifiques. L’observation de la structure du marbre et de ses impuretés permit de localiser la provenance de la matière première: il s’agit d’un marbre de Thassos, carrière grecque au nord de la mer Egée exploitée depuis le 7ème siècle avant JC.
Cependant, au vu de son style, le kouros semble avoir été produit en Attique (région d’Athènes). En outre, les premières exportations du marbre de Thassos formellement attestées vers l’Attique ne datent que des alentours de 470/460 avant JC, soit un peu moins d’un siècle après l’époque de production estimée du kouros.
A l’heure actuelle et en l’état actuel des connaissances scientifiques, l’authenticité du kouros du Getty n’est toujours pas avérée… L’oeuvre est encore de nos jours exposée au musée mais n’est plus formellement présentée comme véritable. Le cartel de présentation indiquerait en effet d’une manière assez laconique : “Grèce, autour de 530 avant JC ou copie moderne”.
Qui se sent morveux se mouche…


Donc on ne sait pas si c’est un vrai ou un faux ? Peut-être une prévision de date à laquelle la vérité sera connue ? Intéressant en tout cas ^^
J’espère qu’un jour on aura la certitude de son authenticité ! Mais quoi qu’il en soit, vraie ou copie, je la trouve magnifique cette statue.
Ca me ferait peur d’avoir ça dans mon salon… Ils sont sympas ces articles sur les mystères de l’art, miss Watson ! ^^
@ Tom: aujourd’hui encore, le “kouros du Getty” est présenté au public accompagné d’un cartel indiquant qu’il s’agit soit d’une oeuvre anonyme réalisé aux alentours de 530 avant JC, soit d’une copie moderne. On ne sait donc toujours pas à l’heure actuelle s’il s’agit d’un antique authentique ou d’une pâle copie et encore moins à quel horizon la vérité sera connue.
@ Popolatortue: d’autres kouroï plus tardifs sont beaucoup moins schématiques au niveau des détails anatomiques ^^.