
Frida Kahlo, Autoportrait en robe de velours, 1926, collection privée (Mexico City).
Le corps d’une jeune fille au regard dur et sensuel qui vous sonde plus qu’il ne se pose sur vous, mais la main délicate et caressante en chemin vers son coeur battant sous l’étoffe rouge sombre, dans un geste mi-abandonné, mi-repoussant. La finesse de la silhouette et la distinction aristocratique du visage, à la bouche finement ourlée de corail et les pommettes discrètement rehaussées de rouge brique, fièrement campé dans mon champ de vision semblent pourtant étrangement précaires au regard de la noirceur du paysage sur lequel elles se découpent. Des tourments qui s’annoncent, elle ne paraît rien en pressentir. Comment peut-elle se planter ainsi, se figer dans une attitude vaguement maladroite de femme fatale, infiniment intrigante cependant et ne rien percevoir du vacarme des orages à venir ? A coup sûr, ce petit corps de femme-girafe faussement fort ne résistera pas aux intempéries entachant l’horizon de sombres volutes marines. Mais un appel du regard, un presque rien dans les yeux, trahit l’assurance trompeuse de la jeune femme trop bien parée. Elle ne tourne pas le dos aux remous par inconscience du danger imminent, elle les ignore car elles ne les connaît déjà que trop bien.

